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Chat yeux larmoyants : les causes que personne n'explique

Votre chat a les yeux qui coulent ? Larmoiement clair, purulent, un œil ou les deux : voici les causes possibles, quand consulter, et comment nettoyer ses yeux sans risque.

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14 min

Publié le

17 mai 2026

Auteur

La Rédaction Titiranol

Sommaire

Dans les salles d’attente vétérinaires, la question revient toutes les semaines : « Mon chat a les yeux qui coulent, c’est grave ? » La réponse tient en une phrase : un larmoiement qui persiste plus de 24 heures n’est jamais anodin. Derrière ce qu’on appelle un chat aux yeux larmoyants se cache un symptôme que la médecine vétérinaire nomme épiphora. Et cet épiphora peut révéler une conjonctivite bénigne comme une obstruction sévère des voies lacrymales, une infection respiratoire ou une lésion de la cornée.

Ce qui est piégeux, c’est l’apparente banalité du signe. Un écoulement clair au coin de l’œil, une trace brunâtre sous la paupière, un clignement un peu plus fréquent que d’habitude. Beaucoup de propriétaires attendent, pensant que ça va passer. Parfois ça passe. Parfois l’œil s’infecte et l’état se dégrade en quelques jours. L’objectif de cet article est simple : vous donner les repères pour distinguer ce qui relève de l’irritation passagère de ce qui exige une consultation, et vous expliquer ce que vous pouvez faire à la maison sans risquer d’aggraver les choses.

L’épiphora, ou pourquoi l’œil de votre chat déborde

Le terme médical pour décrire un chat aux yeux larmoyants, c’est l’épiphora. Il désigne un écoulement excessif de larmes qui débordent sur le visage au lieu d’être évacuées normalement par les voies lacrymales. Le film lacrymal n’est pas un détail anatomique : il lubrifie la cornée, la protège des poussières et des micro-organismes, et maintient la transparence de la surface oculaire. Normalement, ce liquide est drainé par deux petits orifices situés au coin interne de chaque œil, les points lacrymaux, puis il chemine dans le canal naso-lacrymal jusqu’aux fosses nasales.

Quand ce système déborde, deux mécanismes sont en cause. Soit la production de larmes est augmentée de façon excessive, c’est ce qu’on appelle un larmoiement par hyperproduction. Soit le drainage est bloqué ou insuffisant, et on parle alors de larmoiement par obstruction. La distinction est fondamentale parce qu’elle oriente tout le diagnostic. Une hyperproduction signale une irritation ou une inflammation de la surface oculaire. Une obstruction évoque un problème anatomique, une malformation congénitale chez certaines races, ou une obstruction acquise après une infection.

Le piège, c’est que les deux mécanismes peuvent coexister. Un chat qui souffre d’une conjonctivite chronique peut finir par cicatriser ses points lacrymaux, ce qui transforme une hyperproduction en obstruction. Le cercle vicieux s’installe et les yeux larmoyants deviennent permanents.

La couleur et la consistance de l’écoulement sont vos premiers indices. Un liquide transparent et fluide évoque une irritation mécanique, une allergie ou un blocage débutant. Un écoulement jaunâtre ou verdâtre, épais, signe presque toujours une infection bactérienne surajoutée. Une trace brunâtre ou rougeâtre tenace peut indiquer une porphyrine, un pigment contenu dans les larmes qui s’oxyde à l’air, fréquent chez les chats à robe claire.

Le coryza et les infections qui font couler les yeux

Si votre chat a les yeux larmoyants et qu’il éternue, qu’il semble abattu ou qu’il refuse de manger, la piste infectieuse devient la priorité. Le coryza du chat est un syndrome respiratoire provoqué par plusieurs agents pathogènes, principalement l’herpèsvirus félin et le calicivirus. L’atteinte oculaire est un de ses signes cardinaux : conjonctivite, écoulement nasal et oculaire, parfois ulcères cornéens.

Voici ce qui se passe concrètement : l’herpèsvirus félin infecte les cellules de la cornée et de la conjonctive. Le système immunitaire réagit, les vaisseaux sanguins se dilatent, la conjonctive gonfle et rougit, et les glandes lacrymales produisent davantage de larmes pour éliminer l’agent pathogène. Le problème, c’est que l’herpèsvirus, comme chez l’humain, ne disparaît jamais complètement de l’organisme. Il reste latent dans les ganglions nerveux et peut se réactiver lors d’un stress, d’une baisse d’immunité ou d’une autre maladie.

Le tableau classique du coryza associe éternuements, écoulement nasal, yeux larmoyants, perte d’appétit et abattement. Mais il existe des formes atténuées où le seul signe visible est un larmoiement unilatéral persistant. C’est pour cette raison qu’un chat qui a les yeux qui coulent depuis plusieurs jours sans autre symptôme doit quand même être examiné : un herpèsvirus latent peut se manifester uniquement par un épiphora chronique.

Au-delà du coryza, d’autres infections oculaires peuvent faire couler l’œil de votre chat. La conjonctivite bactérienne, souvent secondaire à une irritation initiale, donne un écoulement purulent. La kératite, qui est une inflammation de la cornée, s’accompagne de douleur, de clignement intense et d’une opacification de la surface oculaire. Le test à la fluorescéine, un colorant orange appliqué par le vétérinaire sur l’œil, permet de visualiser les ulcères cornéens invisibles à l’œil nu.

Dans tous les cas, une infection oculaire non traitée peut aboutir à une perforation de la cornée ou à une symblépharon, cette adhérence anormale entre la conjonctive et la cornée qui réduit la vision de façon définitive. Ce n’est pas un scénario théorique : les chats dont la vaccination n’est pas à jour et qui contractent une forme sévère de coryza en gardent souvent des séquelles oculaires à vie.

Ces paupières, ces cils et ces canaux qui empêchent les larmes de circuler

Parfois, votre chat a les yeux larmoyants non pas parce qu’il produit trop de larmes, mais parce que l’évacuation est défaillante. Les causes anatomiques de l’épiphora sont nombreuses et souvent méconnues.

L’obstruction du canal naso-lacrymal est la première à investiguer. Ce fin conduit qui relie le coin interne de l’œil à la cavité nasale peut se boucher à la suite d’une infection, d’une inflammation chronique, ou tout simplement à cause de débris. Les chats qui sortent, qui se battent ou qui vivent dans un environnement poussiéreux sont plus exposés. Un corps étranger minuscule, un grain de sable ou un épillet peut suffire à obstruer le conduit.

L’entropion est une autre cause fréquente, en particulier chez certaines races. Il s’agit d’un enroulement du bord de la paupière vers l’intérieur de l’œil. Les cils frottent alors contre la cornée à chaque clignement, ce qui provoque une irritation constante et un larmoiement réflexe. C’est douloureux. Le chat plisse les yeux, les garde mi-clos, et l’écoulement est souvent accompagné d’un blépharospasme, cette contraction involontaire des paupières qui signale l’inconfort.

À l’inverse, l’ectropion, l’enroulement de la paupière vers l’extérieur, expose la conjonctive à l’air et aux poussières. Moins douloureux que l’entropion, il entraîne quand même une irritation chronique et ce larmoiement continu que vous observez chez votre chat.

La dacryocystite, infection du sac lacrymal situé au coin interne de l’œil, se manifeste par un gonflement localisé, une douleur à la palpation et un écoulement purulent quand on appuie doucement sur la zone. C’est une complication de l’obstruction du canal lacrymal. Si votre vétérinaire tente un cathétérisme du canal et que rien ne passe, c’est qu’il y a obstruction complète.

Enfin, une tumeur de la troisième paupière ou des structures orbitaires peut comprimer le canal et provoquer un larmoiement unilatéral persistant. C’est rare, mais ça arrive, surtout chez les chats âgés. C’est une des raisons pour lesquelles un épiphora qui ne répond pas aux traitements classiques doit faire l’objet d’un examen ophtalmologique approfondi.

Races prédisposées : quand la morphologie fait couler les yeux

Certains chats naissent avec une prédisposition anatomique aux yeux larmoyants. Ce n’est pas une maladie, c’est une conséquence directe de leur morphologie faciale. Les races brachycéphales, celles dont le crâne est aplati et le museau raccourci, sont les premières concernées. Le persan est l’exemple le plus emblématique, suivi par l’himalayen, l’exotic shorthair et le british shorthair à face très plate.

Chez ces chats, les orbites sont moins profondes, ce qui donne aux globes oculaires une proéminence accrue. Les paupières ferment moins bien, le film lacrymal s’évapore plus vite, et les points lacrymaux sont souvent mal positionnés pour drainer efficacement les larmes. Résultat : un larmoiement chronique quasiment inévitable.

Le repli cutané nasal, ce bourrelet si caractéristique du persan, aggrave le phénomène. Il comprime le coin interne de l’œil et dévie le trajet des larmes vers l’extérieur. Les larmes coulent sur le nez au lieu de descendre dans le canal lacrymal, laissant ces traces brunâtres que les propriétaires de persans connaissent bien.

Si vous vivez avec un chat brachycéphale, les soins oculaires doivent faire partie de votre routine quotidienne. Un nettoyage au sérum physiologique chaque jour, un contrôle régulier de la cornée et une surveillance de tout changement d’aspect de l’écoulement sont indispensables. Vous trouverez des conseils précis dans la section suivante.

D’autres races présentent des prédispositions différentes. Le siamois et le birman peuvent développer un strabisme congénital qui modifie le drainage lacrymal. Le maine coon et le ragdoll, qui ont une espérance de vie plus longue que la moyenne, sont exposés aux obstructions acquises du canal lacrymal avec l’âge. Aucune race n’est totalement épargnée, mais les mécanismes sous-jacents varient et la prise en charge s’adapte en conséquence.

Nettoyer les yeux de son chat sans aggraver les choses

Vous avez constaté que votre chat a les yeux larmoyants. Avant de foncer chez le vétérinaire, un nettoyage doux peut suffire si l’écoulement est clair et que le chat ne manifeste aucun autre signe clinique. Voici comment procéder, étape par étape.

D’abord, rassemblez le matériel. Une dosette de sérum physiologique à usage unique, stérile et sans conservateur. Des compresses stériles, une par œil pour éviter la contamination croisée. Pas de coton, les fibres s’effilochent et peuvent irriter la cornée. Pas de tisane de camomille, malgré ce qu’on lit parfois, et surtout pas de collyre humain sans prescription vétérinaire. Certains collyres contiennent des vasoconstricteurs ou des corticoïdes qui peuvent aggraver une infection ou masquer un ulcère cornéen.

Placez votre chat sur une surface stable, idéalement à hauteur de table. Si votre chat est calme, maintenez-le simplement d’une main sous la mâchoire. S’il résiste, enroulez-le délicatement dans une serviette, pattes comprises, en laissant la tête dégagée. Ne forcez jamais. Un chat paniqué peut se blesser ou vous griffer, et l’expérience rendra les soins ultérieurs plus difficiles.

Imbibez une compresse de sérum physiologique. Passez-la du coin interne de l’œil vers le coin externe, en un seul mouvement, sans frotter ni revenir en arrière. L’écoulement est collé ? Posez la compresse humide quelques secondes pour ramollir les sécrétions, puis essuyez. Jetez la compresse. Recommencez si nécessaire, mais toujours avec une compresse propre pour chaque passage et pour chaque œil.

Ce geste, vous pouvez le répéter deux à trois fois par jour si votre chat tolère le soin. Dès que vous observez un écoulement purulent, un œil rouge, gonflé ou que votre chat le garde fermé en permanence, arrêtez le nettoyage maison et prenez rendez-vous. Passer une compresse sur un œil douloureux sans savoir ce qui se passe en dessous peut transformer une petite lésion en urgence.

Et si le larmoiement est chronique, comme chez le persan, l’objectif n’est pas d’assécher l’œil. Le film lacrymal protège la cornée. Vous voulez simplement évacuer l’excédent et prévenir les surinfections cutanées dans les plis du nez, là où l’humidité permanente favorise les dermatites.

Ce que vous pouvez faire à la maison avant le rendez-vous

En attendant la consultation vétérinaire, quelques mesures simples réduisent l’inconfort de votre chat et évitent les complications. Elles ne remplacent pas un diagnostic, mais elles stabilisent la situation.

Les compresses tièdes sont votre meilleur allié. Un simple gant propre trempé dans de l’eau tiède, essoré, appliqué sur l’œil fermé pendant une à deux minutes. La chaleur douce dilate les points lacrymaux, fluidifie les sécrétions et soulage la congestion. C’est particulièrement utile quand l’écoulement est épais et que les paupières commencent à coller. Répétez l’opération trois à quatre fois par jour.

Évitez à tout prix les collyres en vente libre, les pommades ophtalmiques humaines et les remèdes à base de plantes non validés par un vétérinaire. Un produit mal choisi peut retarder la cicatrisation de la cornée ou favoriser la prolifération bactérienne. La règle est simple : tout ce qui entre dans l’œil de votre chat doit avoir été prescrit par un professionnel qui a examiné la cornée sous fluorescéine.

Une collerette peut être nécessaire si votre chat se frotte l’œil avec la patte. Le frottement répété aggrave l’inflammation et peut transformer une conjonctivite en ulcère cornéen. Une collerette souple, plus confortable qu’un modèle rigide, limite l’accès à l’œil sans entraver les déplacements.

Si votre chat a les yeux larmoyants et qu’il vit avec d’autres chats, isolez-le temporairement. Le coryza et les conjonctivites infectieuses se transmettent par contact direct et par les sécrétions. Nettoyez les gamelles, les couchages et les bacs à litière. Ce n’est pas un problème de litière classique mais une hygiène de base qui limite la contagion dans un foyer multi-chats.

Surveillez l’apparition de nouveaux symptômes. La liste des signes qui doivent vous alerter tient en quelques mots : perte d’appétit, abattement, éternuements, écoulement nasal, respiration bruyante, troisième paupière visible en permanence. Si l’un de ces signes apparaît, ne remettez pas la consultation au surlendemain. Un chat qui ne mange pas depuis 48 heures développe rapidement des complications hépatiques, même si son seul symptôme apparent était un œil qui coule au départ.

Quand consulter sans attendre

Certains signes ne tolèrent pas l’observation. Voici les situations où vous devez contacter votre vétérinaire dans la journée, sans passer par la case nettoyage.

L’œil qui coule s’accompagne d’un blépharospasme intense : la paupière est presque fermée, le chat cligne de façon répétée et garde l’œil mi-clos. C’est le signe d’une douleur oculaire aiguë, souvent causée par un ulcère cornéen ou un corps étranger. Plus l’examen est rapide, meilleures sont les chances de cicatrisation sans séquelle.

L’écoulement devient purulent, épais, jaune ou vert. Une surinfection bactérienne est en cours. Elle peut compromettre la cornée en quelques jours si elle n’est pas traitée par des antibiotiques adaptés.

L’œil change d’aspect : il devient blanc, bleuté, ou un voile opaque apparaît sur la cornée. C’est un œdème cornéen, une réaction à une agression sévère qui nécessite un traitement urgent pour éviter la perforation.

Les deux yeux coulent en même temps avec des éternuements et de la fièvre. Le tableau évoque un coryza aigu, particulièrement dangereux chez le chaton, le chat âgé ou le chat non vacciné.

Un gonflement apparaît autour de l’œil ou dans la région du sac lacrymal. Une dacryocystite ou un abcès orbitaire peut se développer et diffuser l’infection vers les structures profondes de l’œil.

Enfin, si votre chat est un chaton de moins de trois mois et qu’il a les yeux larmoyants, la prudence est maximale. Le système immunitaire immature transforme une conjonctivite banale en infection systémique en très peu de temps. Les chatons se déshydratent vite, mangent peu quand ils sont malades et leur état peut se dégrader en quelques heures.

Questions fréquentes

Pourquoi mon chat a les yeux larmoyants uniquement le matin ?

Un larmoiement qui survient au réveil est souvent mécanique. Pendant le sommeil, le clignement ralentit et les sécrétions s’accumulent. Le canal lacrymal peut être partiellement obstrué et ne draine efficacement qu’une fois que le chat est actif. Si l’écoulement est clair et disparaît dans l’heure, c’est probablement une congestion nocturne bénigne. Si c’est systématique et accompagné de traces colorées, faites vérifier le canal lacrymal par votre vétérinaire.

Les yeux larmoyants chez le chat sont-ils toujours un signe de maladie ?

Non, mais c’est un symptôme qui exclut rarement une cause sous-jacente. Un chat exposé à un courant d’air, à de la poussière ou à un aliment nouveau peut présenter un larmoiement passager et isolé. La différence avec un épiphora pathologique tient à la durée : au-delà de 24 à 48 heures, la probabilité d’une irritation simple diminue et celle d’une cause infectieuse, anatomique ou mécanique augmente.

Puis-je utiliser du sérum physiologique tous les jours pour les yeux de mon chat ?

Oui, pour les races prédisposées aux yeux larmoyants chroniques comme le persan. Le sérum physiologique stérile en dosette unidose nettoie sans agresser. Ne l’utilisez pas plus de trois fois par jour sur un œil sain, et jamais si l’œil est rouge ou douloureux sans avoir consulté un vétérinaire au préalable. Le sérum nettoie, il ne traite pas une infection ou une inflammation.

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